Du sagst, es verhält sich hier ganz,
wie mit Auge und Gesichtfeld.
Aber das Auge siehst du wirklich nicht.
(Ludwig Wittgenstein)
**************
Dramatis personae
Un œil
Un autre œil, identique au précédent, à quelques cils près
Un troisième œil, suspect et arrogant, comme issu de la cuisse de Jupiter
Aucun spectateur, circulez y a rien à voir
wie mit Auge und Gesichtfeld.
Aber das Auge siehst du wirklich nicht.
(Ludwig Wittgenstein)
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Dramatis personae
Un œil
Un autre œil, identique au précédent, à quelques cils près
Un troisième œil, suspect et arrogant, comme issu de la cuisse de Jupiter
Aucun spectateur, circulez y a rien à voir
I
Mon œil je le vois. J'en vois une image. Je ne vois que cette image, ainsi que du vide.
Mon œil je ne le vois pas. Pas même en image. Je ne vois que ton œil; suspendu dans le vide, il cligne.
Qui parle derrière mon reflet? Un rat?
L'œil qui n'a d'œil que pour toi. Je n'en sais pas davantage sur toi que tu n'en sais à mon sujet. A priori nous existons.
Tu en sais des choses.
Les siècles en disent long.
Toujours la même chose, racontée de toutes pièces.
Le silence.
Les larmes. Si nous n'existions pas, ce serait là un dialogue de sourds.
Un malentendu.
Crois-tu possible que le miroir un jour existât si nous n'avions jamais vu le jour?
Jour est un bien grand mot. Un mensonge, qui sait? Je vois ton œil cligner dans le vide. C'est tout.
Passons sur le jour. Le miroir existerait-il si nous n'existions pas?
De quel miroir parles-tu? Je te vois œil tel que tu es, avec dans ton regard une fixité aveugle.
En as-tu vu beaucoup d'yeux?
Ma science oculaire se résume à toi, O mon dieu.
Pas de quoi en faire un plat. Me vois-tu tel que je suis? De quelle couleur est mon iris?
Toi qui possèdes un miroir, mire-t'y.
De quelle couleur, mon iris? De cette psyché je n'en ai cure. Je veux entendre, vue de ton œil vue quelle est la couleur de mon iris. De quelle couleur?
Ton œil, ça te regarde.
En effet, il ne te regarde pas, mais il me fixe. Mon spectacle se résume à peu de choses. Je vois mon œil, ainsi que du vide. Lors du clin, une manière de noir.
Du gris : das physiologische Augengrau.
Tu en sais des choses.
Les siècles en disent long.
De quelle couleur, mon iris?
Rouge brique, vert bouteille, bleucielorageux. Mais revenons à ta psyché, ce maudit écran qui n'existe pas.
Il est tellement réel qu'il m'arrive d'oublier sa présence.
On n'oublie jamais que le réel. Les fantômes, eux, restent. L'aurais-je rayé de ma mémoire ce miroir, si bien qu'il semble ne jamais avoir existé?
Seule la fixité de mon regard, la monotonie du blanc, me ramène à sa présence, autant dire à la mienne. Je sais le miroir miroir car l'œil que j'y vois cligne en même temps que moi. Quelquefois, pour me divertir, il s'injecte. On ne rit pas tous les jours.
Lorsque je cligne, je ne puis te voir. Comment fais-tu pour seulement apercevoir ton supposé reflet alors qu'au moment dudit clin tu ne vois précisément rien?
T'est-il déjà arrivé de pleurer?
Dame oui! En te voyant pleurer. Tout ce que je connais des larmes, je t'en suis redevable. Mes larmes roulent dans le vide invisible. Peut-être sur une joue.
Ne nous avançons pas. J'ai vu perler des larmes, et cela rend bel et bien compte de la présence du miroir.
Etaient-ce bien les tiennes?
Du moins leur reflet. J'ai vu des larmes perler dans le reflet du vide.
Donc pas de joue.
Ni de mains pour caresser, ni de bouche pour mordre ou embrasser.
Ni de garagiste pour réparer le pneu sept fois percé de ma bicyclette, ni de bicyclette d'ailleurs. Des reflets, je n'en vois aucun. A moins de les oublier instantanément. Je vois tes larmes. Elles perlent dans le vide. Je n'ai pas le luxe exorbitant de voir perler mes propres lacrymes : c'est la vie qu'on assassine à grands coups de ceinturon sur les fesses.
Vie de chien, chienne de vie.
Tout passe, tout casse, sauf l'envie.
Le miroir existe puisque je m'y vois faire perler des larmes. Mon iris, de quelle couleur?
Assez! J'abandonne tant qu'il n'y aura pas de renfort, si possible d'en-haut, qui puisse embrasser notre situation d'un seul coup d'œil et qui soit à même de nous mettre la prunelle dans le caca.
Tu songes à l'Œil, Celui qui poursuivit Caïn?
Pas nécessairement. Celui-là pour tout te dire, je m'en méfie. Je pensais à un troisième œil, de manière à former un delta, comme celui de Lola.
Lola?
Une fille qu'il m'est arrivé d'apercevoir dans ton vide hors champ. Un songe, des lambeaux de sensualité mis bout à bout et qui forment une adorable poupée de chair.
II
Œil je me vois, sans rien comprendre à mon spectacle. Œil je me vois tel que je me suis contemplé depuis une éternité d'éons, d'étoiles et de magistrale solitude. Mon Big Bang? Un clin d'œil. Un battement de paupières pour précipiter le monde dans la réalité, comme un couteau qui s'avance et s'enfonce dans une cervelle. Un battement de paupières pour allumer la mèche du Temps. Une inquiétante absence pour rendre crédible l'invention du Temps. Une inquiétante absence pour justifier la poésie. Je me vois sans savoir qui je suis. Au même titre que ces deux yeux que j'observe qui s'observent dans le blanc et ne savent rien d'eux. Dire qu'ils savent tout de moi et n'en savent rien...
Mon œil je le vois. J'en vois une image. Je ne vois que cette image, ainsi que du vide.
Mon œil je ne le vois pas. Pas même en image. Je ne vois que ton œil; suspendu dans le vide, il cligne.
Qui parle derrière mon reflet? Un rat?
L'œil qui n'a d'œil que pour toi. Je n'en sais pas davantage sur toi que tu n'en sais à mon sujet. A priori nous existons.
Tu en sais des choses.
Les siècles en disent long.
Toujours la même chose, racontée de toutes pièces.
Le silence.
Les larmes. Si nous n'existions pas, ce serait là un dialogue de sourds.
Un malentendu.
Crois-tu possible que le miroir un jour existât si nous n'avions jamais vu le jour?
Jour est un bien grand mot. Un mensonge, qui sait? Je vois ton œil cligner dans le vide. C'est tout.
Passons sur le jour. Le miroir existerait-il si nous n'existions pas?
De quel miroir parles-tu? Je te vois œil tel que tu es, avec dans ton regard une fixité aveugle.
En as-tu vu beaucoup d'yeux?
Ma science oculaire se résume à toi, O mon dieu.
Pas de quoi en faire un plat. Me vois-tu tel que je suis? De quelle couleur est mon iris?
Toi qui possèdes un miroir, mire-t'y.
De quelle couleur, mon iris? De cette psyché je n'en ai cure. Je veux entendre, vue de ton œil vue quelle est la couleur de mon iris. De quelle couleur?
Ton œil, ça te regarde.
En effet, il ne te regarde pas, mais il me fixe. Mon spectacle se résume à peu de choses. Je vois mon œil, ainsi que du vide. Lors du clin, une manière de noir.
Du gris : das physiologische Augengrau.
Tu en sais des choses.
Les siècles en disent long.
De quelle couleur, mon iris?
Rouge brique, vert bouteille, bleucielorageux. Mais revenons à ta psyché, ce maudit écran qui n'existe pas.
Il est tellement réel qu'il m'arrive d'oublier sa présence.
On n'oublie jamais que le réel. Les fantômes, eux, restent. L'aurais-je rayé de ma mémoire ce miroir, si bien qu'il semble ne jamais avoir existé?
Seule la fixité de mon regard, la monotonie du blanc, me ramène à sa présence, autant dire à la mienne. Je sais le miroir miroir car l'œil que j'y vois cligne en même temps que moi. Quelquefois, pour me divertir, il s'injecte. On ne rit pas tous les jours.
Lorsque je cligne, je ne puis te voir. Comment fais-tu pour seulement apercevoir ton supposé reflet alors qu'au moment dudit clin tu ne vois précisément rien?
T'est-il déjà arrivé de pleurer?
Dame oui! En te voyant pleurer. Tout ce que je connais des larmes, je t'en suis redevable. Mes larmes roulent dans le vide invisible. Peut-être sur une joue.
Ne nous avançons pas. J'ai vu perler des larmes, et cela rend bel et bien compte de la présence du miroir.
Etaient-ce bien les tiennes?
Du moins leur reflet. J'ai vu des larmes perler dans le reflet du vide.
Donc pas de joue.
Ni de mains pour caresser, ni de bouche pour mordre ou embrasser.
Ni de garagiste pour réparer le pneu sept fois percé de ma bicyclette, ni de bicyclette d'ailleurs. Des reflets, je n'en vois aucun. A moins de les oublier instantanément. Je vois tes larmes. Elles perlent dans le vide. Je n'ai pas le luxe exorbitant de voir perler mes propres lacrymes : c'est la vie qu'on assassine à grands coups de ceinturon sur les fesses.
Vie de chien, chienne de vie.
Tout passe, tout casse, sauf l'envie.
Le miroir existe puisque je m'y vois faire perler des larmes. Mon iris, de quelle couleur?
Assez! J'abandonne tant qu'il n'y aura pas de renfort, si possible d'en-haut, qui puisse embrasser notre situation d'un seul coup d'œil et qui soit à même de nous mettre la prunelle dans le caca.
Tu songes à l'Œil, Celui qui poursuivit Caïn?
Pas nécessairement. Celui-là pour tout te dire, je m'en méfie. Je pensais à un troisième œil, de manière à former un delta, comme celui de Lola.
Lola?
Une fille qu'il m'est arrivé d'apercevoir dans ton vide hors champ. Un songe, des lambeaux de sensualité mis bout à bout et qui forment une adorable poupée de chair.
II
Œil je me vois, sans rien comprendre à mon spectacle. Œil je me vois tel que je me suis contemplé depuis une éternité d'éons, d'étoiles et de magistrale solitude. Mon Big Bang? Un clin d'œil. Un battement de paupières pour précipiter le monde dans la réalité, comme un couteau qui s'avance et s'enfonce dans une cervelle. Un battement de paupières pour allumer la mèche du Temps. Une inquiétante absence pour rendre crédible l'invention du Temps. Une inquiétante absence pour justifier la poésie. Je me vois sans savoir qui je suis. Au même titre que ces deux yeux que j'observe qui s'observent dans le blanc et ne savent rien d'eux. Dire qu'ils savent tout de moi et n'en savent rien...
